Sur une facture d’électricité, le coût de l’énergie ne constitue qu’une partie du montant total. D’autres composantes, souvent moins connues, comme le TURPE et la CTA, peuvent représenter entre 25 % et 35 % de la facture des entreprises. Ces postes, fréquemment négligés, offrent pourtant des leviers d’optimisation immédiats, sans nécessiter de changement de fournisseur.
Le TURPE, c’est quoi exactement ?
Le TURPE, ou Tarif d’Utilisation des Réseaux Publics d’Électricité, est la rémunération versée aux gestionnaires de réseau, principalement Enedis pour la distribution et RTE pour le transport, pour acheminer l’électricité depuis les centrales de production jusqu’au compteur de l’entreprise. Il s’agit d’un coût lié à l’utilisation des infrastructures de réseau, indépendant du prix de l’énergie elle-même.
Il se décompose en deux parties :
- La part fixe, qui dépend de la puissance souscrite au compteur. Elle est due chaque mois, quelle que soit la consommation réelle. C’est sur cette part que se jouent les principales économies.
- La part variable, qui dépend de la consommation réelle en kWh, avec des tarifs différents selon les heures et les saisons (heures pleines, heures creuses, périodes de pointe).
Depuis le 1er août 2025, le TURPE 7 est entré en vigueur, avec des barèmes d’acheminement réévalués à la hausse. Dans ce contexte, les entreprises qui n’ont jamais analysé cette composante de leur facture supportent désormais un coût plus élevé, souvent sans en avoir pleinement conscience, ni avoir vérifié l’adéquation entre les montants facturés et leurs besoins réels.

La CTA : l’effet cascade du TURPE
La CTA, ou Contribution Tarifaire d’Acheminement, est une taxe destinée à financer les droits spécifiques à la retraite des personnels des industries électriques et gazières. Elle est calculée en appliquant un pourcentage directement sur la part fixe du TURPE. Son taux est fixé à :
- 20,80 % pour le gaz naturel
- 27,04 % de la part fixe hors taxes du tarif d’acheminement pour l’électricité
La CTA n’est ni exonérable ni remboursable au sens des accises. Cependant, elle constitue un poste que l’on peut optimiser indirectement.
Ce mécanisme crée ce qu’on appelle un effet cascade : toute réduction de la part fixe du TURPE entraîne automatiquement une réduction de la CTA. Les deux postes bougent ensemble.
Depuis le 1er février 2026, les taux de CTA ont été significativement abaissés :
- De 21,93 % à 15 % pour les sites raccordés au réseau de distribution (la grande majorité des entreprises)
- De 10,11 % à 5 % pour les sites raccordés au réseau de transport (les très grands consommateurs)
Cette baisse est une bonne nouvelle. Mais elle reste insuffisante si la part fixe du TURPE sur laquelle elle s’applique est elle-même mal calibrée. Une entreprise avec une puissance souscrite trop élevée continuera de payer trop, même avec un taux de CTA réduit.
La puissance souscrite : le levier le plus puissant et le plus négligé
Exprimée en kVA, la puissance souscrite représente la puissance maximale que votre entreprise s’engage à ne jamais dépasser simultanément. Ce chiffre n’est pas anodin : il conditionne directement le montant de la part fixe du TURPE, et par extension, celui de la CTA. Autrement dit, vous le payez chaque mois, que vous l’utilisiez ou non.
C’est précisément là que réside le problème. Dans la grande majorité des cas, ce paramètre est défini une fois lors de la mise en service du compteur et n’est plus jamais questionné. Pourtant, une entreprise n’est pas statique. Déménagement, évolution de l’activité, modernisation des équipements, généralisation du télétravail, fermeture le week-end… Chacun de ces changements peut rendre votre puissance souscrite inadaptée à votre réalité opérationnelle.
Deux erreurs, deux coûts cachés
Le surdimensionnement est la situation la plus répandue. L’entreprise finance chaque mois une capacité qu’elle ne mobilise jamais pleinement. La règle de référence est claire : si votre consommation n’atteint jamais 80 % de la puissance souscrite, une révision à la baisse n’est pas seulement possible, elle est recommandée.
Le sous-dimensionnement est à l’inverse plus insidieux. Une puissance trop faible génère des pénalités de dépassement à chaque fois que la consommation instantanée franchit le seuil contractuel. Ces surcoûts s’accumulent en silence, ligne après ligne sur la facture, sans déclencher la moindre alerte.
Dans les deux cas, le diagnostic repose sur la même démarche : une analyse rigoureuse de votre courbe de charge réelle. C’est elle qui vous sert de référence et qui permet d’ajuster votre contrat au plus près de vos besoins effectifs.
L’option tarifaire : choisir la bonne formule d’acheminement
Au-delà de la puissance souscrite, le choix de la formule tarifaire d’acheminement (FTA) a également un impact significatif. Il en existe trois grandes catégories, adaptées à des profils de consommation différents :
- Courte utilisation (CU) : adaptée aux entreprises qui consomment peu d’heures par an, avec des pics ponctuels. L’abonnement est moins élevé mais le coût au kWh est plus fort.
- Moyenne utilisation (MU) : le bon équilibre pour la majorité des PME avec une activité régulière sur la semaine.
- Longue utilisation (LU) : pensée pour les sites qui tournent en continu, comme certaines industries. L’abonnement est plus élevé mais le coût variable est réduit.
Se tromper de formule peut représenter 5 à 20 % de surfacturation sur la partie variable de la facture. Un simple audit permet de vérifier si la formule actuelle correspond bien au profil réel de l’entreprise.
Comment se calcule concrètement votre part fixe TURPE ?
Sur votre facture d’électricité, une partie du montant ne dépend pas de ce que vous consommez. Elle est fixe, due chaque mois, et calculée selon une formule très simple :
Part fixe = coefficient tarifaire × puissance souscrite
Le coefficient tarifaire est un prix au kVA fixé par l’État dans la grille TURPE 7, qui dépend de la formule assignée à votre site :
| Formule | Pour qui ? | Coefficient |
|---|---|---|
| Consommation par pics (CU4) | Bureaux, restaurants, commerces à horaires fixes | 10,11 €/kVA/an |
| Consommation régulière (MU4) | Artisans, petits commerces ouverts toute la journée | 12,12 €/kVA/an |
| Longue utilisation (LU) | Sites en fonctionnement continu 7j/7 | Part fixe plus élevée, mais kWh moins cher |
La puissance souscrite, c’est le nombre de kVA que vous avez déclaré à l’installation, souvent fixé une fois pour toutes, rarement réévalué.
Vous multipliez les deux, et vous obtenez ce que vous payez chaque année sur votre part fixe, que vous consommiez ou non cette puissance. C’est précisément là que se cachent les économies : une mauvaise formule ou une puissance surévaluée, et vous payez trop.
Des exemples concrets selon le profil de l’entreprise
La boulangerie artisanale multi-sites
Prenons l’exemple d’une boulangerie artisanale bretonne, avec trois points de vente et un atelier de production centralisé. Sa consommation annuelle atteint 180 MWh d’électricité et 420 MWh de gaz, pour un total d’accises de près de 11 700 € par an, appliquées aux taux normaux.
À l’issue de l’audit, le constat est sans appel : aucun taux réduit n’est applicable. La boulangerie ne satisfait ni aux critères électro-intensifs ni aux conditions gazières liées au SEQE-UE. Sur ce volet fiscal, il n’y a rien à optimiser.
Pourtant, l’audit ne s’arrête pas là. L’analyse de la courbe de charge sur le site de production révèle une puissance souscrite largement surdimensionnée, 120 kVA alors que 80 kVA suffisent. Ce seul ajustement génère 2 400 € d’économies annuelles sur le TURPE, auxquels s’ajoutent 650 € de réduction mécanique sur la CTA. La renégociation du contrat de fourniture, avec un passage à un prix fixe compétitif, apporte 1 800 € supplémentaires.
Au total, 4 850 € économisés chaque année, sans aucune action sur les accises.
Une brasserie multi-sites
Une brasserie traditionnelle exploitant deux adresses. La consommation annuelle consolidée atteint 210 MWh d’électricité (cuisine professionnelle, chambres froides, climatisation, éclairage) et 380 MWh de gaz naturel (cuisson, eau chaude sanitaire, chauffage des salles).
Avant audit
| Poste | Calcul | Montant annuel |
|---|---|---|
| Accise électricité | 210 MWh × 26,58 €/MWh | 5 582 € |
| Accise gaz | 380 MWh × 16,39 €/MWh | 6 228 € |
| Total facture accises | 11 810 € |
Après audit
Les accises restent inchangées, la brasserie n’est éligible à aucun taux réduit (ratio VA insuffisant, activité hors SEQE-UE). Les économies viennent d’ailleurs :
| Levier activé | Détail | Économie annuelle |
|---|---|---|
| Repositionnement TURPE | Option tarifaire inadaptée aux horaires du site de périphérie | 2 100 € |
| Ajustement CTA | Puissances souscrites trop élevées sur les deux sites | 900 € |
| Renégociation fourniture | Mise en concurrence groupée sur 2 sites | 2 200 € |
| Total économisé | 5 200 €/an |
Analyser avant d’optimiser
La bonne nouvelle, c’est que la première étape ne coûte rien. Il est possible de demander à Enedis une analyse de la courbe de charge sur 12 mois. Ce document gratuit donne une image précise des pics de consommation réels, heure par heure, et permet de comparer avec la puissance souscrite déclarée.
À partir de là, trois questions permettent d’identifier rapidement les leviers disponibles :
- La consommation réelle dépasse-t-elle régulièrement 80 % de la puissance souscrite ?
- La formule tarifaire d’acheminement correspond-elle au profil de consommation de l’entreprise ?
- Les nouvelles plages d’heures creuses du TURPE 7 sont-elles bien exploitées ?
Si la réponse à l’une de ces questions est non ou incertaine, il y a très probablement des économies à réaliser.Votre entreprise paie-t-elle le juste prix pour son électricité, TURPE compris ? Vous voulez comprendre ce que vous pouvez vraiment optimiser sur votre facture, ou anticiper les prochaines évolutions tarifaires ?
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FAQ :
Le TURPE apparaît-il sur toutes les factures d’électricité ?
Oui, il est présent sur chaque facture, sans exception.
Le TURPE dépend-il du fournisseur d’énergie choisi ?
Non, il est fixé par la CRE (Commission de Régulation de l’Énergie) et s’applique à tous.
La part fixe du TURPE est-elle due même si l’entreprise ne consomme rien ?
Oui, elle est due chaque mois, quelle que soit la consommation réelle.