Avec seulement 28 % de réserves au 1er avril 2026 — du jamais-vu depuis la crise de 2022 — l’Europe s’engage dans une saison de remplissage sous haute tension.
Le signal est sérieux. Au 1er avril 2026, date d’ouverture officielle de la saison de remplissage, les stockages souterrains de gaz naturel de l’Union européenne affichaient un taux de remplissage de 28 %, le niveau le plus bas enregistré depuis la grande crise énergétique déclenchée par l’invasion russe de l’Ukraine en 2022. En France, le baromètre tombe même à 22 %. Les régulateurs et opérateurs de réseau appellent à l’action immédiate.
Un point de départ historiquement bas
Pour saisir la gravité de la situation, il faut la mettre en perspective. En 2024, les stocks européens atteignaient 59 % au 1er avril, et 94 % à la fin de l’été. Un an plus tard, les réserves n’ont atteint que 83 % à l’automne 2025, après être parties de 34 % au printemps. En 2026, on repart de 28 %, soit six points de moins encore, après un hiver record de 171 jours consécutifs de chauffage, quasi-record depuis 2015-2016.
Les raisons de cette dégradation sont multiples et convergentes. Un hiver 2024-2025 particulièrement rigoureux a fortement sollicité les réserves, conjuguant froid, fléchissement de la production éolienne et solaire, et recours intensif au gaz pour la production électrique. À cela s’ajoute l’arrêt définitif du transit gazier russe via l’Ukraine, résiduel en volume mais symboliquement et économiquement significatif, ainsi que la guerre en Iran, déclenchée fin février 2026, qui a provoqué la fermeture du détroit d’Ormuz et des frappes sur les infrastructures gazières du Qatar, perturbant profondément les flux mondiaux de GNL.

L’alerte de l’ENTSOG : « remplir le plus tôt possible »
L’organisation européenne des gestionnaires de réseaux de transport de gaz (ENTSOG) n’a pas mâché ses mots. Dans un communiqué du 9 avril 2026, son directeur général Piotr Kus a appelé les 25 pays membres à commencer l’injection de gaz dès avril et à poursuivre le remplissage jusqu’en novembre, afin de garantir des niveaux adéquats pour l’hiver à venir.
L’ENTSOG précise que les capacités techniques d’injection et de soutirage sont suffisantes pour garantir un niveau supérieur à 30 % en fin d’hiver 2026-2027 à condition que des approvisionnements adéquats soient garantis. Ce conditionnel est au cœur de toutes les inquiétudes. Car reconstituer les stocks implique d’importer davantage de GNL qu’au cours des années précédentes, sur un marché mondial où la demande asiatique entre en concurrence directe avec les besoins européens.
Ce que dit la CRE : régulation et signaux de prix
Un terme tarifaire de stockage en hausse de +23,8 %
Au 1er avril 2026, la CRE a fixé le terme tarifaire de stockage (TTS) à 398,08 €/MWh/j/an, soit une hausse de 23,8 % par rapport à 2025. Cette composante finance les opérateurs de stockage lorsque les recettes d’enchères ne couvrent pas leurs revenus autorisés. La CRE précise toutefois que cette hausse n’a pas d’impact direct sur la facture du consommateur final, les revenus autorisés des opérateurs n’augmentant que de 2,9 % sur la période.
Une explosion du prix repère au 1er mai
C’est du côté de l’approvisionnement que l’impact est brutal et immédiat. La CRE a publié le 8 avril 2026 une révision en hausse spectaculaire de son prix repère de vente : +15,4 % TTC au 1er mai 2026, portant le prix repère de 139,12 €/MWh à 160,54 €/MWh TTC, son niveau le plus élevé depuis janvier 2024. La cause directe : la flambée des prix spot sur les marchés de gros consécutive à la guerre en Iran, les cotations ayant ponctuellement doublé sur la période d’observation selon la CRE elle-même.
La réforme de la péréquation gazière, prévue au 1er juillet 2026, introduira une grille tarifaire unifiée entre GRDF et les Entreprises Locales de Distribution (ELD), harmonisant des tarifs jusqu’ici supérieurs pour les clients raccordés aux réseaux ELD.
Le cadre européen révisé : plus de souplesse face à la crise
Face aux tensions générées par la règle de remplissage à 90 %, l’UE a décidé d’assouplir son cadre réglementaire. Les modifications clés sont les suivantes :
→ L’objectif de remplissage est abaissé à 80 % (contre 90 % précédemment), avec une flexibilité de 10 % supplémentaires en cas de conditions de remplissage difficiles.
→ Les États membres disposent d’une fenêtre plus large pour atteindre cet objectif : entre le 1er octobre et le 1er décembre (au lieu du 1er novembre auparavant).
→ Les informations sur l’origine du gaz stocké devront inclure la part provenant de Russie, mesure de transparence visant à accélérer le découplage.
Faut-il vraiment s’inquiéter ?
La réponse honnête est nuancée : pas de panique, mais une vigilance renforcée s’impose.
D’un côté, les facteurs structurels restent favorables. La production mondiale de GNL augmente, les États-Unis et le Qatar poursuivent leurs programmes d’expansion de capacités. Les infrastructures européennes sont robustes. La Norvège demeure un fournisseur de pipeline fiable et abondant. Et la consommation de gaz en Europe tend à décroître structurellement avec la progression des énergies renouvelables.
De l’autre côté, plusieurs facteurs de risque s’accumulent : la concurrence asiatique sur le GNL, les perturbations persistantes liées au conflit au Moyen-Orient sur les flux transitant par le détroit d’Ormuz, la spéculation saisonnière qui s’auto-alimente dès lors que les marchés perçoivent une tension sur les objectifs de remplissage, et le risque d’un automne précoce qui creuserait davantage le déficit. Remplir les stocks à 80 % coûtera environ 35 milliards d’euros aux prix actuels (estimation de marché, avril 2026).
Perspectives : vers une accalmie après 2026 ?
Les horizons à moyen terme sont effectivement plus rassurants. La production mondiale de GNL devrait continuer à croître significativement après 2026, avec la montée en puissance de nouveaux projets américains (Sabine Pass, Plaquemines LNG) et qataris. Cette surcapacité progressive pourrait retourner le marché en faveur des acheteurs d’ici 2027-2028, ramenant les prix vers des niveaux plus modérés.
Par ailleurs, l’accélération de la transition énergétique, solaire, éolien offshore, pompes à chaleur, biogaz, réduit structurellement la dépendance européenne au gaz naturel. La part du gaz dans la formation des prix de l’électricité, encore dominante dans plusieurs pays, devrait progressivement reculer au fur et à mesure de l’installation de nouvelles capacités renouvelables.
Mais ces perspectives de moyen terme ne doivent pas endormir la vigilance à court terme. L’hiver 2026-2027 se prépare maintenant. La fenêtre d’action optimale pour sécuriser les approvisionnements à des conditions acceptables, c’est le printemps 2026. Chaque mois de retard peut se traduire par des surcoûts significatifs dans les mois qui viennent.
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FAQ
Les stocks de gaz européens sont-ils au plus bas depuis 2022 ? Oui. Au 1er avril 2026, le taux de remplissage affiche 28 % en Europe (22 % en France), le niveau le plus bas depuis la crise énergétique de 2022, contre 59 % à la même date en 2024.
L’UE a-t-elle assoupli son objectif de remplissage pour l’hiver prochain ? Oui. L’objectif passe de 90 % à 80 %, avec une flexibilité de 10 % supplémentaires. Le délai est également étendu jusqu’au 1er décembre, contre le 1er novembre auparavant.
La hausse du tarif de stockage impacte-t-elle directement la facture des consommateurs ? Non. La CRE précise que cette hausse n’a pas d’effet direct sur le consommateur final, les revenus autorisés des opérateurs n’augmentant que de 2,9 %. C’est la flambée des prix spot liée à la guerre en Iran qui, elle, se répercute sur le prix repère (+15,4 % au 1er mai 2026).
